LA JOIE ENNEMIE

Sorti aux Éditions Stock
Dans « La joie ennemie », Kaouther Adimi nous livre un récit profondément personnel, empreint de méditation.
Loin de renier ses origines Algériennes elle n’en affirme pas moins avec force son attachement à la langue française, qu’elle s’approprie comme espace de liberté et de création
L’ouvrage est le fruit, la résultante, d’un dialogue intérieur, où se croisent, mémoire, douleur et l’attachement profond de l’auteure aux deux rives de la Méditerranée : «me voici désormais à cheval entre les deux pays». Bien que revendiquant sa double culture, l’usage du français devient, pour Kaouther Adimi, l’outil par lequel elle peut dire, écrire, décrire, l’exil, la nostalgie et la complexité de son identité.
L’ouvrage fait également une large place au déchirement qu’a provoqué sur l’auteure la violence de l’islamisme qui a frappé l’Algérie, notamment dans les années qui ont suivi l’indépendance et plus brutalement encore durant la décennie noire. Kaouther Adimi y évoque la peur, le silence imposé, la disparition de la joie, la menace pesant sur les artistes, les femmes et les intellectuels. Elle exprime une colère sourde face à cette confiscation de la vie, mais aussi fait état de son chagrin intime, d’avoir vécu dans la terreur, durant une partie de son adolescence…. et d’espérer « l’amour absolu, pas la peur, plus la peur, plus jamais elle…».
La figure de Baya, artiste peintre Algérienne, occupe une place centrale dans le texte. Elle y incarne une créativité qui échappe aux carcans politiques, et religieux. À travers elle, l’autrice célèbre l’Algérie lumineuse, féminine et poétique, qu’elle aime, tout en regrettant que ce beau pays ne soit, malheureusement, par trop souvent étouffé, gangrené, par la violence.
Dans « La joie ennemie » Kaouther Adimi, forte de son vécu, de ses souvenirs, y estime que la joie, loin d’être naïve, est un acte de courage et, pour ce qui la concerne, de désobéissance, face à la peur et à l’obscurantisme.
Enfin, La lecture du livre éclaire sur tout l’intérêt d’une laïcité à la française comme espace de protection des libertés individuelles et invite à la pratiquer non comme une contrainte, mais comme une condition nécessaire pour préserver la pluralité, la pensée critique et la joie face aux dérives intégristes.
A bon entendeur salut !