Exposition Shin Sung-Hy

Coller, couturer, nouer au Musée Cernuschi jusqu’au 2 août 2026
Le musée Cernuschi, niché en bordure du parc Monceau, est un lieu à la fois intimiste et majestueux, où le visiteur entre dans l’univers privé, l’Hotel particulier d’un grand collectionneur du XIXᵉ siècle d’Henri Cernuschi.
Sa visite offre une immersion raffinée dans l’art de la Chine ancienne et classique, dominée par la présence impressionnante d’un Bouddha monumental et par l’élégance de ses bronzes rituels.
Calme, lumineux et savamment orchestré, ce musée allie la sobriété parisienne à la profondeur spirituelle et symbolique de l’Asie orientale, invitant à une contemplation lente et attentive.
En fait, le musée Cernuschi trouve son origine dans le legs d’Henri Cernuschi, banquier et collectionneur passionné d’art asiatique, qui, à son retour d’un long voyage en Asie, légua à la Ville de Paris son hôtel particulier et son contenu, des œuvres d’Asie orientale, en particulier concernant l’art chinois, ses bronzes antiques, ses collections majeures de sculptures, céramiques, peintures et calligraphies chinoises, complétées par des œuvres japonaises et coréennes.
Ce fonds donne, périodiquement, naissance à de nouvelles collections sur des thèmes, ou artistes, et ce à l’initiative de la ville de Paris.
Présentement, depuis le 17 avril 2026, une rétrospective des œuvres du Coréen Shin Sung-Hy y est consacrée.
L’évolution du travail de l’artiste est mise en évidence par la présentation d’une trentaine d’œuvres, focus de son travail entre abstraction, textile et influences franco-coréennes.
Organisée chronologiquement, en fonction des différents procédés créatifs utilisés par Shin Sung Hy, l’exposition montre la volonté du maître de “déconstruire la peinture pour mieux la reconstruire”.
Cette approche accompagne le visiteur et l’amène à percevoir comment Shin Sung Hy a été conduit à s’expérimenter avec de nombreuses techniques telle l’emploi du trompe-l’œil, du collage, de la couture et du nœud.
A son arrivée en France, dans les années 1980, Shin Sung Hy poursuit ces travaux, revient à la couleur, va successivement du collage au nouage en passant par la couture.
Ses œuvres constituent une déconstruction, voire une destruction littérale de sa peinture. Et pour cause, celle-ci est, en partie, constituée de cartons peints et déchirés en morceaux, puis collés sur un Plexiglas, ou sur un autre carton.
Dix ans plus tard Shin Sung Hy abandonne la phase collage et réalise une peinture abstraite consistant à déchirer la toile en bandes, qu’il positionne dans un nouvel ordre, puis les coud soit ensemble soit sur une autre toile. Les bords des bandes pouvant être alors repliés vers l’extérieur de l’œuvre, créant des ourlets en relief qui viennent séparer chaque espace coloré, ou sont tournées vers l’intérieur.
Shin Sung-Hy affectionne tout particulièrement le format carré. Pour lui, comme pour d’autres d’ailleurs, le carré comme le cercle sont synonymes de perfection. Or il reconnaît être en recherche, en quête permanente, d’une perfection picturale à l’identique de Giotto qui a cru pouvoir faire la démonstration de l’excellence de son talent au Pape Benoit XII en dessinant, à main levée, un cercle parfait.
On ne saurait évoquer l’artiste, et le but qu’il s’est assigné, sans délivrer son message :
« Mes toiles sont peintes pour être déchirées.
L’acte de déchirer est une mise en question de l’art contemporain ; celui de plier et de nouer est ma réponse.
Je me fais une joie en souhaitant que mes chers objets vivront plus longtemps que moi, dans les demeures où est gravé mon nom ». D’évidence, le vœu, le souhait, émis avant qu’il ne nous quitte est maintenant largement exaucé. Pour preuve : nombreux sont ceux qui admirent son travail et font vivre à tout jamais ses « chers objets » !