« C’était PARIS en 1970 »

Si vous cherchez un beau cadeau à faire, et pourquoi pas à vous faire, je ne saurais trop vous conseiller l’achat d’un très bel ouvrage photos, tant en noir qu’en couleurs, sur Paris en 1970, qui vient de sortir aux Éditions Tallendier avec pour titre :
« C’était PARIS en 1970 »
Ce livre est une plongée nostalgique dans la capitale pour ceux qui ont vécu cette époque.
C’était le cas d’Antoine de Caunes qui fêtait alors ses 17 ans…
Cet album photos, car s’en est un, rassemble de très nombreux clichés pris par des amateurs lors d’un grand concours photo organisé au printemps 1970 par la mairie de Paris, avec pour but de capturer la vie quotidienne, les transformations urbaines, l’effervescence de notre capitale.
Antoine de Caunes y a sélectionné les plus belles photos de cette énorme masse documentaire, produite par 2800 participants, dont deux dont il fut l’auteur, et écrit, pour l’occasion, avec la plume légère qui le caractérise, la préface dans laquelle il partage ses souvenirs d’adolescent parisien, sillonnant la ville au guidon de sa mobylette en tant que coursier d’un radiologue pour financer ses études, enrichissant ainsi l’ouvrage d’une touche personnelle et vivante.
On doit à Juliette Eyméoud, conservatrice au Département iconographie-photographie de la Bibliothèque historique de la ville de Paris, de très intéressantes pages sur la genèse du livre dont elle estime et écrit qu’« il doit être vu comme un bel échantillon, une sélection apéritive centrée sur un Paris humain, sur la ville à hauteur d’hommes, de femmes, d’enfants ».
Enfin, il serait injuste de passer sous silence la contribution de Jean-Marie Donat qui es qualité de co-directeur de la publication a, aux côtés d’Antoine de Caunes et Juliette Eyméoud, apporté son regard et ses connaissances de collectionneur et d’analyste.
Ayant également vécu le Paris de l’époque je puis témoigner de l’énorme changement entre le Paris des années 70 et le Paris d’aujourd’hui.
Si le livre donne une parfaite idée des lieux tels qu’on les vivait alors je me dois de dire que même les sons ont changé.
Il y avait à l’époque nombre d’usines, de petits ateliers, d’imprimeries, de menuisiers, vitriers,… avec leurs sonorités particulières. Sonorités disparues car, pour l’essentiel, maintenant repoussées à la périphérie de la capitale. Laissant, à la place, pour l’essentiel, d’imposants immeubles, d’endroits impersonnels… le prix du foncier parisien en étant la raison première.
1970 était également l’époque où, immeubles et monuments parisiens étaient, pour la quasi-totalité d’entre eux, sales et noircis par la pollution.
Les ravalement obligatoires, imposés par André Malraux, es qualité de ministre des Affaires culturelles, commençaient à faire leur œuvre bénéfique, et furent progressivement nettoyés, sauvegardés, restaurés, mettant en valeur les belles pierres de taille en calcaire Lutetien.
Le paysage urbain parisien reposait alors encore largement sur un réseau dense et vivant de petits commerces : les laiteries parisiennes (qui vendaient produits frais, beurre à la coupe et œufs), les boucheries-charcuteries, (dont nombre de boucheries chevalines), les épiceries de quartier, souvent des Felix Potin, les boulangeries traditionnelles, (qui se limitaient souvent à faire et vendre leur pain, les pâtissiers se réservant l’exclusivité des gâteaux), les petits salons de coiffure indépendants…
C’était une époque où la vie des quartiers était rythmée par les commerçants de proximité, les vendeurs de quatre saisons, bien avant d’être écartés du fait de la généralisation de la grande distribution et des supermarchés qui ont profondément transformé le commerce parisien au cours des décennies suivantes.
Et puis il y avait le métro avec ses 1ere et 2ème classe, ses poinçonneurs aux entrées…
Ce concours photo amateur, organisé par la ville de Paris, faut-il le souligner, a eu le mérite d’avoir anticipé un changement profond, voire définitif, dès lors que nombre de petites rues avec leurs vieilles maisons, boutiques et ateliers, qui ont été depuis livrées aux bulldozers… pour en faire des avenues bordées de grands immeubles et magasins impersonnels.
Merci aux organisateurs de l’époque d’avoir suggéré et organisé une telle quête d’images sur le Paris de 1970, et a Antoine de Caunes, de proposer à notre regard une belle sélection d’images qui, sans lui, « continueraient à dormir paisiblement dans des cartons ».
Croyez-moi, une fois entre vos mains, vous conserverez ce beau et intéressant livre en fond de bibliothèque…