ELYAS

Passage à tabac, agressions verbales, tortures, sont, malheureusement, encore et toujours, utilisés au quotidien, aux quatre coins du monde. Au point de se demander si nous vivons bien au XXI -ème siècle !
Ces actes, à en croire les victimes, encore en capacité d’en faire état, ces sévices infligent des souffrances physiques et mentales, au mépris de la dignité humaine avec systématiquement, pour ceux qui en réchappent, des traumatismes physiques et mentaux durables.
Si la libération physique est plus qu’appréciée, vécue comme une délivrance, elle ne met pas pour autant un terme aux souffrances car, s’en suit, de profondes blessures psychiques. L’arrêt des souffrances endurées se traduisant alors par un contrecoup mental objet de douleurs chroniques, d’états de stress post-traumatiques, de dépressions, tous consécutifs aux horreurs subies qui, toutes, visaient à détruire la résistance des suppliciés.
Sortir de l’épreuve n’affecte pas que le corporel, passée cette étape, le mental prend vite le relais avec le sentiment profond de vivre une rupture, un isolement, un impossible retour en arrière doublé d’une difficulté à réintégrer le milieu ambiant et concevoir pouvoir, à nouveau, s’associer aux banalités de la vie au quotidien.
Pour les militaires, qui ont eu à vivre des actions intenses, leur retour à la vie civile, loin de les éloigner des terrains d’affrontements, fait qu’ils en acquièrent une fascination morbide.
Le film d’action
E L Y A S
Réalisé par Florent-Emilio SIRI
Fait, magistralement, état du vécu des périodes d’après-guerre, dans un scénario co-écrit par lui et Nicolas Laurière.
Elyas, ancien militaire des forces spéciales, qui a pu s’échapper d’une captivité en Afghanistan retrouve, désœuvré, la vie civile.
Au regard de son passé, de ses faits d’armes, un ami lui propose un « job » de garde du corps. En l’occurrence de Nour -petite fille de 13 ans très bien joué par Jeanne Michel– et d’Amine, sa mère, interprété par Laëtitia Eïdo, toutes deux recherchées, poursuivies, pour avoir fui le Moyen Orient où la petite Nour, issue d’une famille richissime, devait y être mariée de force.
Pour Florent-Emilio Siri, réaliser ce long métrage fut vécu comme un challenge car, ayant déjà réalisé des films d’action il appréhendait, je le cite : de ne trouver de « choses à raconter dans ce genre que j’avais déjà exploré ».
Dans un film d’action, tout tourne autour de l’acteur principal. Ce dernier est omniprésent, est au centre de quasi toutes les prises de vues.
Il est donc plus que crucial, pour le réalisateur, de ne pas se tromper. Vu l’importance du choix il convenait donc de trouver l’acteur qui remplisse toutes les cases, à savoir qu’il ait non seulement un physique adapté mais, également, qu’il sache provoquer des émotions.
Mathias Robin, producteur du film et Florent -Emilio Siri n’ont pas hésité à jeter leur dévolu sur Roschdy Zem pour incarner le rôle d’Elyas.
Il fallait un acteur qui, par sa seule présence à l’écran, inspire le spectateur.
Roschdy Zem y arrive en conjuguant le comportement d’un Steve McQueen qui a souvent joué des personnages solitaires, peu loquaces, mais néanmoins expressifs par la gestuelle, ou d’un Lino Ventura que l’on trouve tout particulièrement dans des rôles qui imposent le respect du seul fait de son apparente force tranquille, de son silence.
Comme ces deux figures emblématiques du cinéma Roschdy Zem incarne, avec excellence, Elyas, personnage complexe, taciturne, intensément habité par la paranoïa du militaire à qui l’on confie une mission et qui voit des ennemis de partout.
J’ai tout particulièrement apprécié le décalage de personnalité entre la petite Nour, effrontée, locale, faible, belle à croquer et un Elyas délibérément muet, taciturne, qui respire la force et inspire le respect.
Au fur et à mesure du déroulé du film, le spectateur se trouve pratiquement pris par la main et entraîné dans la découverte du mental d’Elyas, de ce qu’il en est vraiment, de sa démence.
On doit à la maestria du réalisateur d’avoir fait de ce long métrage, plus qu’un film d’action, un thriller où, comme dans la belle et la bête, le brut se laisse attendrir et trouve là remède à son mal être et une issue favorablement ouverte sur une vie sans violence, sans guerre.
Un tel retour salvateur permettant à Elyas de redevenir l’homme qu’il était avant son épisode traumatique, de ne plus être celui que l’on érige en héros alors même qu’il n’aspire qu’à une chose : vivre sereinement, et se reconstruire.
Comme vous l’aurez compris j’ai particulièrement apprécié le film. N’ayant pu le voir en salles lors de sa sortie en juillet dernier, j’ai dû attendre sa toute récente vente en BLU-RAY et DVD.
Pour ma part j’ai choisi le Blu-ray.
On doit la production de ce long métrage, à Recifilms, quant à la coproduction elle s’est faite avec StudioCanal, Orange studio, France 2 Cinéma et Unimedia.
Ne ratez pas l’occasion de voir Elyas, c’est vraiment un film plein d’émotions, de sensibilité, d’intrigues, et vous conviendrez que cela ne serait pas un film d’action si, comme c’est le cas, la violence, les combats, les fusillades, les explosions, les poursuites, les cascades, ne jalonnaient le film. Raisons qui justifient qu’il soit déconseillé aux jeunes de moins de 12 ans !
Toutefois, avouons-le, nous adultes, en sommes friands, même si l’on s’en défend !
Et pour cause ce genre stimule nos émotions, permet des montées d’adrénaline, d’intégrer des univers auxquels nous sommes éloignés, est porteur d’attraits où l’on trouve à s’identifier où rêver.