LE RACHAT

« Les Barbaresques sous le règne de Louis XIV ».
De Gabriel et Françoise Pochon.
Edité par l’Harmattan, dans la collection « romans historiques »
Dans « Le Rachat », Gabriel et Françoise Pochon nous livrent un ouvrage très agréable à lire, d’une grande tenue littéraire et historique qui capte l’attention du lecteur dès les premières pages et ne la relâche à aucun moment.
L’essentiel de ce roman est consacré à la mise en esclavage des chrétiens capturés par les corsaires barbaresques sous le règne de Louis XIV.
Les auteurs décrivent avec une remarquable exactitude les conditions de captivité, la violence des razzias, ainsi que les mécanismes complexes du rachat des captifs Chrétiens par l’Ordre religieux « La Merci » dont c’était la mission en terre Africaine.
La rigueur historique y est manifeste. Les faits sont étayés, replacés dans leur contexte politique, religieux, diplomatique, et n’entravent en aucune façon le souffle narratif. Bien au contraire, Gabriel et Françoise Pochon adoptent un style vivant, incarné, qui donne chair aux destins individuels et maintient en permanence notre curiosité.
Le récit avance avec fluidité, mêlant analyse, description et narration dans un équilibre maîtrisé qui confère à l’ensemble une grande force évocatrice, avec d’autant plus de réalisme que ses auteurs connaissent parfaitement les us et coutumes Nord-africaines. Et pour cause, Françoise Pochon a participé, avec Marc Bedjaï, à l’édition de livres sur l’Algérie, quant à Gabriel Pochon, né à Oran, il a fait une partie de ses études à Sidi Bel Abbés.
L’ouvrage a également pour mérite de ne point tomber dans une vision univoque de l’histoire. Ainsi, y est-il, avec justesse, rappelé qu’à la même époque où des Français étaient réduits en esclavage des négriers français convoyaient, dans des conditions inhumaines, des hommes et des femmes arrachés à l’Afrique noire vers l’hémisphère américain.
Ce parallèle, discrètement mais fermement établi, invite à une réflexion lucide sur l’universalité de la violence et de l’exploitation humaines.
Dès lors, l’ouvrage conduit-il le lecteur à méditer, à être confronté à des interrogations d’ordre philosophique, faisant écho à la pensée d’Hannah Arendt sur la banalité du mal et la capacité ordinaire des hommes à commettre l’injustice. Le Rachat n’assène pas de jugement, il éclaire, questionne et nous laisse, à nous lecteurs, toute la responsabilité de tirer nos propres conclusions.
Je vous encourage vivement à lire cet excellent ouvrage dont la qualité de l’écriture, la précision de la documentation et la profondeur de la réflexion ont fait mon admiration.
Vous pouvez découvrir les 4 premiers chapitres de ce livre en suivant ce lien sur le site internet de L’Harmattan: