Livre HUMUS

J’ai, en mémoire, ce que l’on apprenait d’emblée, dans le règlement de discipline générale, lors de l’incorporation au service militaire :
« la discipline faisant la force principale des armées, il importe que…….. ».
Oui, mais voilà, c’est là évoquer une autre époque car, présentement, l’obéissance ne s’interprète plus aujourd’hui comme hier.
Il ne s’agit plus d’obéir à la lettre, mais plutôt dans l’esprit.
Dorénavant, une part de consentement s’impose.
Il n’y a plus soumission mais adhésion.
Or, l’adhésion fait appel à la morale, au devoir civique, au souhait de s’associer à une démarche, à une idée, à l’esprit de corps.
Les formes d’obéissance et d’adhésion ne sont pas statiques. Elles évoluent dans le temps.
Ainsi, en est-il de la démarche ayant trait au tri sélectif. Cette action sociale, quasi inconnue au XIXe siècle, n’apparut comme importante que durant la seconde moitié du XXe siècle, pour devenir incontournable, essentielle, vitale, en ce début du XXIe siècle.
Le nécessaire succès du tri sélectif impliquant l’adhésion du plus grand nombre, plusieurs modes opératoires se superposent.
Prioritairement, l’obéissance du citoyen est obtenue par un plan média adapté, des explications et communications tous azimuts, le tout initié par les Pouvoirs Publics dans l’espoir d’une adhésion volontaire.
Toutefois, la liberté laisse place à l’obligation dès lors qu’il est légiféré, imposant –par la loi- l’établissement d’une conduite sociale dont le respect est assuré par l’autorité publique.
Ainsi, depuis le 1er janvier 2024, le tri des biodéchets est-il devenu obligatoire tant pour les professionnels que pour les particuliers.
Si l’esprit civique, la conscience environnementale, ne suffisent pas à obtenir l’adhésion aux écogestes, la sanction est là pour l’imposer.
En effet, le non-respect des conditions de collecte des déchets (jour, horaires, tri) est puni d’une amende forfaitaire de 35€, qui peut être majorée à 75€ !
Sévère, dites-vous ?
Non, car l’enjeu est par trop important.
Il en va de la survie de l’humanité, laquelle se doit, de se soucier – enfin – de son devenir.
Cette vision s’inscrit dans le cadre d’une transition écologique globale, et, prioritairement, d’une prise de conscience que nos modes de production, et de consommation, ne sont plus viables. Il est temps d’en changer, car le monde – notre monde – évolue à une vitesse grand « V », et pas dans le bon sens.
A titre d’exemple, lorsque –voici une trentaine d’années- vous rouliez de nuit à la campagne, au bout de quelques kilomètres, votre parebrise était constellé d’insectes.
Faites le même trajet de nos jours et dans les mêmes conditions : pas, ou presque plus, de traces d’insectes.
C’est dramatique !
Et pour cause, au cours de ces trois dernières décennies, les populations d’insectes volants ont chuté de près de 80%…….mettant en péril le vivant.
Juste préoccupation, sachant que nous avons intégré l’époque de l’anthropocène, c’est-à-dire une période où l’activité humaine est devenue la contrainte géologique dominante et ce devant toutes les autres forces géologiques et naturelles qui avaient prévalues jusque-là.
Autrement dit, nous sommes en phase de constat, et de mise en cause, de l’impact de l’humain sur la terre.
Ce qui vient d’être évoqué à propos des insectes peut tout aussi bien l’être sous l’angle des vers de terre dont le nombre, lui aussi, a dramatiquement chuté des suites de l’utilisation excessive de pesticides, de l’agriculture intensive.
Là, également, la situation s’avère effrayante, car qui dit sols sans lombrics dit sols stériles et qui dit absence de sols fertiles, dit difficulté, voire impossibilité, pour les humains de se nourrir.
Le livre :
HUMUS
Magistralement bien écrit et documenté par son auteur,
Gaspard KOENIG,
aborde ce thème dans le cadre d’un roman qui nous met en présence de deux jeunes et brillants étudiants en agronomie, Arthur et Kevin, qui se lient d’amitié, au cours de leurs études d’ingénieurs à « Agro Paris Tech », alors même que tout semble devoir les séparer.
L’un, volubile, émane d’un milieu aisé parisien.
L’autre, taciturne, vient du Limousin où ses parents sont travailleurs agricoles.
Tous deux se découvrent un intérêt conjugué pour les vers de terre, forgeant chez eux une « complicité d’explorateurs », doublée d’une volonté « de leur consacrer, d’une manière ou d’une autre, leur carrière et leur vie ».
Alors que, diplôme en poche chacun se consacre comme promis aux lombrics, contre toute attente, alors qu’ils partagent une même inquiétude sur le réchauffement climatique, la perte de la biodiversité, l’appauvrissement des écosystèmes, l’un, Arthur, que tout prédestinait à une vie mondaine, s’installe avec Anne, (sa compagne – qui se veut hippie – )dans une ferme abandonnée, en pleine nature, près de Falaise en Normandie, pour fuir l’agitation des villes, y vivre en quête d’ataraxie, et faire la démonstration qu’on peut régénérer un sol, appauvri par l’excès de pesticides, grâce …aux lombrics !
Quant à Kevin, poussé par Philippine (qui s’avérera être la fille d’un industriel), il est entrainé dans le monde de la finance, de celui des levées de fonds, pour industrialiser à grande échelle via une star-up, le vermi-compostage.
Outre que ni l’un ni l’autre n’arrivera à satisfaire son idéal, ils seront, tous deux, confrontés aux dures réalités de l’exercice de la vie.
Ce roman est plus qu’une histoire, il touche de façon concrète et fort bien documentée, tant l’univers rural que celui du capitalisme vert.
Et pour cause, outre que notre auteur tient de sa mère, Anne-Marie KOENIG, laquelle a écrit une succession de textes sur les plantes, les arbres, les oiseaux…..il importe de savoir que notre auteur est agrégé de philosophie, qu’il a, à son actif, une quinzaine d’essais et romans, qu’il préside le groupe de réflexion « Génération Libre » et, a, en 2011, lancé le mouvement politique SIMPLE. Enfin, cerise sur le gâteau, il fut candidat à l’élection présidentielle en janvier 2022.
Aussi, ne nous y trompons pas, en rédigeant HUMUS, Gaspard KOENIG reprend les thèmes, dont il fait état, qu’il développe, au sein de son parti politique « SIMPLE », et du groupe de réflexion « Génération Libre », à savoir, déplorer les complexités bureaucratiques, prôner la simplification comme une question de justice sociale et de démocratie, et non comme une question technocratique, propre à permettre de rétablir la confiance des français en l’Etat de droit.
Comme vous l’aurez compris, j’ai particulièrement apprécié la lecture de cet ouvrage –publié aux Editions de l’Observatoire – .
Il faut d’ailleurs croire que je suis loin d’être le seul à le trouver excellent….dès lors qu’il a figuré dans la sélection finale du Prix Goncourt, et a obtenu les Prix Interalliés et Jean Giono.