Même la nuit ne veut pas de moi

Dans la foulée de son premier livre intitulé « J’ai perdu un Bédouin dans Paris » Jacques Essebag dit « Arthur » nous entraîne dans la lecture d’un nouvel ouvrage : « Même la nuit ne veut pas de moi » pour lequel il déclare «il s’agit là du récit d’un homme (lui) qui a vacillé dans une époque qui tremble, mais qui a découvert une vérité essentielle : on ne tient pas seul ». Au fil des pages on complète notre connaissance de l’homme telle qu’on a pu la découvrir en son premier livre et surtout l’on perçoit que, convaincu par la justesse de son analyse, de sa révolte, il se donne à fond, avec conviction, pour ce qu’il considère comme vital, et déploie pour la cause qu’il estime devoir soutenir, un courage remarquable. Aussi s’engage-t-il dans le débat, frontalement, sans fard, publiquement, alors même qu’il a été mis en garde sur ce que cela peut impliquer pour lui sur le plan social, risquant le rejet, le boycott, l’isolement. Pourtant il persiste, ne renonce pas. Par sa détermination, par sa parole, ses actions, il aspire à montrer que ses prises de position ne sont pas une impulsion passagère, mais bien une volonté profonde, assumée, d’agir conformément à ses convictions, à ses valeurs.
C’est donc en toute conscience qu’Arthur accepte de s’exposer, de se mettre en danger, considérant que certaines causes méritent d’être défendue et ce quelles qu’en soient les conséquences.
Son courage est étroitement lié à une autre dimension : Arthur est animé par une certitude intérieure très forte, celle d’être du bon côté de la vérité. Cette conviction profonde lui sert de boussole et justifie son engagement. Il ne s’agit pas pour lui de provoquer ou de contester gratuitement, mais bien de défendre une vision qu’il juge juste. Cette croyance, cette intime conviction, l’accompagnent, lui permettent de tenir bon, de résister face aux critiques et aux oppositions. Cela explique, justifie, pourquoi il ne recule pas. Son assurance peut parfois sembler excessive, mais elle constitue le moteur principal de son action.
Immanquablement sa conviction d’être le défendeur d’une bonne cause, entraîne d’ailleurs sa propre transformation et l’amène à devenir leader.
L’animateur, le producteur, d’hier, est dorénavant et en sus devenu un porte-drapeau. En quelque sorte la fonction a parfait l’homme.
Lorsqu’il découvre, horrifié, le drame, la tuerie, le massacre, du 7 octobre, il ne pense pas, ne soupçonne pas, n’imagine pas se destiner à guider, il n’est alors que simple témoin.
Toutefois les circonstances, sa détermination, sa prise de conscience, le placent tout naturellement au centre d’un mouvement dont il devient rapidement une des figures de référence.
Et d’écrire à ce sujet « en retour, j’ai reçu un déluge d’amour. J’ai dénoncé le manque d’empathie, et j’ai reçu un torrent de sympathie ».
Ce leadership émerge tout naturellement de ses prises de position, de son engagement, de sa médiatisation.
Arthur apprend peu à peu à assumer ce rôle et à porter une responsabilité collective qui prend une dimension toute particulière.
Il agit à la manière d’un « sauveur », façon Robin des Bois, cherchant à défendre, à épauler, à être le rédempteur de ceux qu’il perçoit comme vulnérables, malmenés, injustement traités.
Il ne se contente pas de discours : il agit concrètement, parfois de manière audacieuse, afin de se faire l’écho de ce qu’il estime être, de l’injustice, de la désinformation. Toutefois, se présenter comme justicier n’est pas sans risque : chacun de ses mots, de ses engagements, chacune de ses actions, font de lui un opposant qu’il faut absolument diaboliser.
En agissant ainsi, Arthur redéfinit sa relation aux autres et estime qu’on peut certes ne pas être d’accord avec lui mais si tel est le cas on se doit d’accepter de débattre et ne point se contenter, se limiter, à proférer menaces et invectives.
Ainsi, à propos d’un tiers, d’un anonyme, il écrit :
« À toi,
Tu m’as interpellé dans la rue sans me connaître.
Tu n’as pas parlé. Tu as étiqueté.
Puis tu as jugé. « Sioniste génocidaire ».
Deux mots. Prêts à l’emploi. Parfaits pour ne pas penser.
….. Tout était en place. Il ne manquait que le doute. Tu n’en avais aucun.
Je ne t’écris pas pour te convaincre. Ni pour t’expliquer l’histoire, tu l’as déjà remplacée par des slogans. Je t’écris parce que ton geste n’est pas personnel.
Il est symptomatique.
Tu es le produit d’un climat. D’un temps où l’indignation a remplacé la pensée.
Où répéter tient lieu de savoir. Où accuser dispense de comprendre ».
Je trouve ses mots, son approche, empreints de grande sagesse, nullement belliqueux, et même marqués par beaucoup de mansuétude.
Son souhait du respect du contradictoire est bilatérale lorsqu’il estime, qu’avant toute chose, il faut
« Apprendre à écouter, avant de condamner ».
A bon entendeur salut ! …
Ce livre est bien écrit, agréable à découvrir, intéressant par les thèses développées.
Édité par Grasset, je vous encourage à le lire.